Il n’est pas vraiment vivant à moins qu’il ne soit en train de créer

I

« Sans la possibilité de créer de la musique, de la poésie, des livres, des édifices, ou n’importe quoi d’autre qui ait du sens, [l’esprit créatif] n’a plus de raison d’être. » L’article initial de mon blog disait cela : le regret que je ressentais d’avoir laissé la vie « d’adulte » me rendre plus utile et fonctionnel que curieux et créatif. J’ai longtemps ressenti un manque, un mal-être, et je pense qu’il venait de là : à trop enfouir, étouffer mon imagination, je me suis détourné de ce qui était en réalité le plus important pour moi. Ce qui compte, ce n’est pas ce que l’on produit, ce que l’on créé – c’est dans l’acte de création lui-même que naît l’épanouissement et l’accomplissement de l’être.

Quel que soit son domaine de création, le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça : une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible. Pour lui, un effleurement est un choc, un son est un bruit, une infortune est une tragédie, une joie devient extase, l’ami un amoureux, l’amoureux est un dieu, et l’erreur est la fin de tout. Ajoutez à cet organisme si cruellement délicat l’impérieuse nécessité de créer, créer, et encore créer – au point que sans la possibilité de créer de la musique, de la poésie, des livres, des édifices, ou n’importe quoi d’autre qui ait du sens, il n’a plus de raison d’être. Il doit créer, il doit se vider de sa créativité. Par on ne sait quelle étrange urgence intérieure, inconnue, il n’est pas vraiment vivant à moins qu’il ne soit en train de créer.

The truly creative mind in any field is no more than this: a human creature born abnormally, inhumanly sensitive. To him, a touch is a blow, a sound is a noise, a misfortune is a tragedy, a joy is an ecstasy, a friend is a lover, a lover is a god, and failure is death. Add to this cruelly delicate organism the overpowering necessity to create, create, create — so that without the creating of music or poetry or books or buildings or something of meaning, his very breath is cut off from him. He must create, must pour out creation. By some strange, unknown, inward urgency he is not really alive unless he is creating.

– PEARL BUCK (1892 – 1973)

À propos de l'auteur

Nicolas Lafarge

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