CatégoriePensées en prose

J’écris tout haut ce que je crie tout bas.

Ceux qui rêvent et ceux qui ne rêvent pas

C

Ainsi, tu crois savoir qu’on ne peut diviser le monde qu’en deux espèces : d’un côté, ceux qui ont des rêves ; de l’autre, ceux qui les ont accomplis. 

D’après toi, les premiers courent après des chimères, et s’émeuvent de ne pas savoir, de ne pas pouvoir les matérialiser. Ils perdent leur temps et leur énergie en rêveries, imaginent leur vie au lieu de l’entreprendre. Ce sont les immobiles et les incapables, les faibles et les perdants. 

Ceux qui ont accompli leurs rêves, en revanche, ont tout gagné, tout réussi. Parce qu’ils ont agi, ils valent mieux que les autres ; parce qu’ils ont accompli, ils se sont accomplis. Ce sont eux, qui méritent toute l’estime du monde, quand les autres, les bons-à-rien, méritent, au mieux l’ignorance, au pire le mépris.

De ces deux catégories, tu te désoles de faire partie de la première, inlassablement et inéluctablement : tu cours après tes rêves, sans jamais les atteindre : tout juste les frôles-tu, de tes doigts bien trop courts et bien trop frêles. 

Et pour cela, tu t’en veux. Pour cela, tu te crois faible, indigne d’être aimé, indigne d’être considéré. Parce que là-bas, en face, il y a ceux qui ont agi ; et que toi, tu ne fais, car tu ne sais, que rêver.

Vois-tu, c’est là que tu te trompes. (suite…)

Aujourd’hui, Papa est mort

A

Jusqu’ici, je n’avais pas pleuré. Ou alors, je ne m’en étais pas rendu compte.

Pour la quatrième fois, peut-être la cinquième – j’avais arrêté de compter – Brothers in Arms, la chanson de Dire Straits, résonnait religieusement dans cet endroit déconcertant, qui avait tout d’une chapelle ou d’une église, sans pour autant en porter le nom. Il y avait bien les bancs, le pupitre, les fleurs, les vitres décorées… Le cercueil. Mais les murs étaient peints dans une couleur pastel qui semblait hors de propos. Le carrelage blanc cassé était froid, impersonnel, comme celui de l’hôpital. On percevait là toute l’ironie des obsèques laïques, bien incapables de s’affranchir des codes religieux, tant l’inconscient collectif les a assimilés au deuil. (suite…)

Heurts divers

H

« Oh là, là, ça y est, il va faire nuit tout le temps ! On part le matin, il fait nuit, on rentre le soir, il fait nuit… Et puis là en plus c’est novembre qui va arriver, et novembre, moi je déteste ! C’est froid, c’est gris… C’est maussade ! Tellement déprimant ! Mais du coup, on dort une heure de plus ou une heure de moins ? (suite…)

Je ne fais qu’une chose, c’est que je ne fais rien

J

Dans ma tête, mille idées fourmillent à la seconde. Il suffit que je me laisse aller à quelconque rêverie pour qu’ici une envie naisse, là un souhait apparaisse. Que je songe encore quelques instants pour qu’émerge une histoire à écrire, un jeu auquel jouer, une chanson à écouter, un endroit où aller. (suite…)

N’y a-t-il pas d’amour heureux ?

N

Dans le hall de mon immeuble est installée une étagère, sur laquelle les résidents peuvent laisser des livres de leur bibliothèque, que les autres peuvent emprunter et lire à leur guise. Comme souvent, les ouvrages qui sont déposés ici sont de vieux bouquins, de ceux que personne ne lit et que personne n’a jamais lus. Leurs pages sentent l’humidité, signe que le temps sur eux a fait son oeuvre, et pourtant, leur couverture immaculée, à peine écornée, indique que nul lecteur ne les a jamais ouverts. (suite…)

Quelques mots pour commencer

Q

À bien des égards, écrire est une pratique très solitaire. Pour moi, elle l’a en tout cas beaucoup été. J’ai toujours mis en mots mes émotions, dans des carnets, des journaux, des documents Word, des notes de smartphone, des post-its. J’ai inventé des histoires, le plus souvent dans ma tête, plus rarement, sur le papier. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vu en l’écriture un refuge réconfortant, mon havre sûr bien à moi. (suite…)