La Maladie d’Amour

« S’il vous plait, ce serait possible de mettre de la musique ? »

Depuis près d’une demi-heure, la radio tournait en boucle : des hommes échangeaient d’un air grave sur un mal mystérieux, qui semblait se répandre dans la population comme une épidémie. On avait connu plus réjouissant pour un premier rendez-vous. Le serveur répondit par l’affirmative et l’inquiétant débat laissa la place à une mélodie plus poétique, celle d’une playlist qu’il avait concoctée spécialement pour l’occasion.

Il n’eut pas besoin de jeter un œil sur sa montre pour savoir qu’il était l’heure — aussi ponctuelle qu’elle l’avait juré, voilà qu’elle poussait la porte du café. 

Elle balaya la salle du regard, il lui fit signe de la main. Elle se dirigea vers lui d’un pas décidé, il se leva pour lui tirer sa chaise d’un geste délicat. 

Une bise timide – de celles où les lèvres effleurent à peine la joue – puis elle prit place, en laissant derrière elle un parfum entêtant.

Elle était la plus belle femme du monde. 

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La terrasse

Une jeune femme était assise à la terrasse d’un café.

Elle était de cet âge « entre-deux » : plus tout-à-fait vingt ans, mais pas encore le quart de siècle, elle était de cet âge qui n’a pas encore fini d’être insouciant et candide, mais que la vie d’adulte a d’ores et déjà chargé d’un petit peu de son fardeau. Elle avait les joues roses, un trait discret d’eye-liner, les lèvres brillantes de gloss, naturelle mais apprêtée, jolie mais pas vulgaire — surtout ne pas paraître vulgaire. Lire la suiteLa terrasse

Boum

Boum. Boum. Boum.

Off with your head – Dance til you’re dead.

J’adore cette chanson, bordel. Heads Will Roll. Les Yeah Yeah Yeahs. Ça vieillit pas. Je m’en lasse pas. Du rock un peu dark, qui assassine la nuit, et la fait mourir d’une violente agonie. Dans le genre « meurtre sur le dancefloor », c’est ce qu’on a fait de mieux depuis Sophie Ellis-Bextor.  Danse jusqu’à la mort, danse jusqu’à ce qu’on te coupe la tête ; danse, danse, danse sur ces notes graves et ténébreuses, sur cette ligne de basse entêtante qui te fait sombrer dans la nuit la plus noire, qui te fait plonger au plus profond de tes tripes. Les hommes crient et pleurent, les femmes crient et pleurent, et ils dansent, et elles dansent – dansent, dansent, dansent jusqu’à leur mort. Des têtes vont tomber, et le pire, c’est qu’on va aimer ça. Lire la suiteBoum

Par la fenêtre

Par la fenêtre, la ville s’étendait à perte de vue. Dans la grisaille, les immeubles dessinaient des droites parallèles, et de leur ombre, écrasaient la ville tout entière. Cette vision d’une capitale démesurée, depuis l’endroit où je me tenais, laissait la désagréable impression d’être trop petit dans un monde trop grand. Lire la suitePar la fenêtre

It’s a Heartache

Les premières notes de guitare, toujours empreintes d’une optimiste mélancolie, chuintèrent péniblement au frottement de la tête du tourne-disque sur le vinyle usé. Lire la suiteIt’s a Heartache

Phobie administrative

14h46 à sa montre. Mathieu sentit son estomac se nouer.

Merci, les grèves de transport… Il était pourtant parti avec vingt minutes de marge. Il n’était maintenant plus temps de traîner, l’entretien était à quinze heures, et l’on avait précisé à Mathieu qu’il devait se présenter dix minutes à l’avance. Il continua de remonter la rue de Prévert, pressa encore le pas, tourna sur l’avenue Clerc, et arriva enfin au pied de l’immeuble où on lui avait donné rendez-vous. Lire la suitePhobie administrative

Trouble in Paradise

C’était une vaste étendue bleue : immense, elle s’étalait à perte de vue ; de l’eau, de l’eau à n’en plus savoir que faire. C’était la mer – mieux, c’était l’océan. Lire la suiteTrouble in Paradise